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SÉCURISATION FONCIÈRE DANS LE WOURI : LES CHEFS SAWA UNISSENT LEURS FORCES POUR PROTÉGER L’HÉRITAGE DES ANCÊTRES

il y a 22 heures
4 min de lecture

La terre n’est pas qu’une question de propriété. Elle est une mémoire vivante, le socle de l’identité des communautés et le lien indéfectible entre les générations présentes et celles qui ont façonné l’histoire des peuples. Conscients de cet enjeu majeur, les chefs traditionnels des villages Sawa du Wouri entendent renforcer leur mobilisation pour la protection de leur patrimoine foncier ancestral. Le dimanche 25 octobre 2026, leur Assemblée générale ordinaire, accueillie à la chefferie de Bonamoukouri-Bonakouamouang, a donné le ton d’une nouvelle dynamique collective.

Sous la présidence de Sa Majesté Gabriel ETEKI, président en exercice de l’Association des Chefs Traditionnels des Villages Sawa du Wouri, près d’une trentaine de gardiens de la tradition ont pris part à cette importante rencontre. Au-delà du caractère statutaire de l’assemblée, les échanges ont surtout traduit une volonté commune : anticiper les difficultés, renforcer les capacités des autorités traditionnelles et préserver les terres coutumières face aux transformations rapides de l’espace urbain.


La terre ancestrale au cœur d’une mobilisation collective


Dans une ville comme Douala, marquée par une urbanisation croissante et une pression toujours plus forte sur les espaces disponibles, la question foncière s’impose comme un défi majeur pour les communautés autochtones. Comment préserver les droits et les intérêts des villages ? Comment mieux comprendre les mécanismes qui encadrent désormais la gestion foncière ? Et surtout, comment permettre aux chefs traditionnels d’assumer pleinement leur rôle dans la protection du patrimoine transmis par les ancêtres ?

Ces préoccupations ont constitué le fil conducteur des travaux de Bonamoukouri-Bonakouamouang.

Pour les chefs réunis, l’heure n’est plus seulement au constat. Elle est à l’anticipation, à la concertation et à l’appropriation des outils permettant de mieux appréhender les enjeux fonciers contemporains. La défense des terres ancestrales exige désormais une connaissance approfondie des procédures, une meilleure circulation de l’information et une action concertée entre les différentes autorités traditionnelles.


La résolution majeure de cette assemblée traduit cette volonté de passer de la préoccupation à l’action : organiser, dans les prochains jours, une grande rencontre d’appropriation des nouveaux outils de gestion foncière récemment entrés en vigueur au Cameroun, à l’intention de l’ensemble des chefs traditionnels Sawa.


Cette initiative devrait permettre aux participants de mieux comprendre les mécanismes applicables, d'identifier les leviers de protection à leur disposition et de renforcer leur capacité à accompagner leurs communautés dans un environnement foncier en constante évolution.


L’enjeu est considérable : préserver les intérêts des villages tout en favorisant une meilleure maîtrise des questions foncières, dans le respect des lois et des procédures en vigueur.


Bonamoukouri-Bonakouamouang, un village au carrefour du foncier et de la tradition


Le choix de Bonamoukouri-Bonakouamouang pour accueillir cette assemblée n’avait rien d’anodin. Sous l’impulsion de Sa Majesté Alain Camille DISSAKE MOUANGUE, économiste et expert foncier, la chefferie hôte a mobilisé des moyens logistiques et financiers importants pour assurer le bon déroulement des travaux.


Cette hospitalité a donné à la rencontre une dimension particulière, dans une ambiance empreinte de solennité et de fraternité.

Le village s’est également distingué par la portée symbolique de cette journée, qui coïncidait avec la rentrée académique de l’École d’Initiation à la Langue et à la Culture Sawa. Une heureuse convergence entre deux combats indissociables : la préservation du territoire et la transmission de l’identité culturelle.

Car si la terre constitue l’un des fondements de l’enracinement des communautés, la langue, les traditions et les valeurs ancestrales en sont les expressions vivantes. Défendre le patrimoine Sawa revient donc aussi à protéger les repères culturels qui donnent sens à l’histoire des villages.


La transmission culturelle, autre pilier de l’identité Sawa


En marge des travaux, les chefs traditionnels ont accordé une audience à la délégation de l’École d’Initiation à la Langue et à la Culture Sawa, conduite par son directeur, Michel MOUANGUE.

Venue présenter la rentrée académique, la délégation a bénéficié des encouragements et des bénédictions des autorités traditionnelles. Cette démarche témoigne de l’importance accordée à l’apprentissage de la langue Duala, à la connaissance des traditions et à la transmission du patrimoine immatériel aux jeunes générations.

À travers cette école, Bonamoukouri-Bonakouamouang entend contribuer à la sauvegarde d’un héritage culturel qui ne saurait survivre sans un effort organisé de transmission.

La décision de l’Association des Chefs Traditionnels d’établir un partenariat durable avec cette structure ouvre ainsi une perspective de collaboration entre les gardiens de la tradition et les acteurs engagés dans la valorisation du patrimoine culturel.


Un partenariat médiatique pour mieux valoriser l’action traditionnelle


L’assemblée a également reçu une délégation du bihebdomadaire Actus-Infos, conduite par son directeur de publication, Bona EKOBO.

Au terme des échanges, les chefs ont décidé d’établir un partenariat de travail durable avec le journal, avec pour ambition de renforcer la visibilité des initiatives et des actions portées par les autorités traditionnelles.

Cette ouverture vers les médias traduit une prise de conscience : les enjeux fonciers et culturels des villages Sawa méritent une meilleure visibilité dans l’espace public. Informer, sensibiliser et documenter les initiatives des communautés constituent autant de moyens de faire connaître leurs préoccupations et de valoriser leur contribution à la préservation du patrimoine national.

L'association mise ainsi sur une approche complémentaire : renforcer les connaissances en matière foncière, soutenir la transmission culturelle et améliorer la communication autour de l’action des chefs traditionnels.


Préserver aujourd’hui pour transmettre demain


Au terme de cette assemblée générale ordinaire, un engagement commun s’est dégagé : consolider la solidarité entre les chefs traditionnels du Wouri et renforcer leur action en faveur de la sauvegarde du patrimoine foncier et culturel.


La rencontre de Bonamoukouri-Bonakouamouang marque ainsi une étape importante dans la volonté de faire de la concertation un instrument de protection des intérêts des communautés Sawa. La prochaine rencontre consacrée aux nouveaux outils de gestion foncière constituera un rendez-vous déterminant pour traduire cette ambition en connaissances et en actions concrètes.

Dans le Wouri, le message est désormais clair : la défense des terres ancestrales ne peut reposer sur des initiatives isolées. Elle appelle une mobilisation collective, une meilleure maîtrise des mécanismes fonciers et une solidarité renforcée entre les gardiens de la tradition.


Car au-delà des parcelles et des limites territoriales, c’est toute une mémoire collective qui est en jeu. Et pour les chefs traditionnels Sawa, protéger la terre aujourd’hui, c’est préserver les racines d’un peuple et garantir aux générations futures le droit de connaître leur histoire, de cultiver leur identité et de demeurer les héritières d’un patrimoine vivant.





Vichal DIKOBO S

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