MOBILITÉ URBAINE À DOUALA : NDOKOTI PÉDALE VERS UNE RÉVOLUTION VERTE

Entre vélos, rollers et motos électriques, la capitale économique camerounaise esquisse les contours d’une mobilité plus propre, plus inclusive et mieux adaptée aux défis de demain. Une ambition qui suppose de repenser les habitudes de déplacement et d’accélérer la transition vers des transports moins polluants.
À Douala, la mobilité durable n’est plus seulement une préoccupation environnementale. Elle s’impose progressivement comme une nécessité économique, sociale et sanitaire. Le mercredi 28 octobre 2026, le carrefour Ndokoti, dans le troisième arrondissement, a servi de point de départ à une démonstration grandeur nature des nouvelles possibilités de déplacement en milieu urbain. Sous une chaleur accablante, cyclistes, adeptes du roller et utilisateurs de motos électriques ont pris part à une caravane de sensibilisation sur une dizaine de kilomètres, attirant l’attention des riverains et entraînant certains habitants dans cette dynamique collective.
Au-delà de l’ambiance festive, cette mobilisation porte un message de fond : la transformation de Douala passe aussi par une nouvelle manière de concevoir et de pratiquer les déplacements quotidiens.
Le temps gagné, une richesse pour la ville
Dans une métropole confrontée à une pression croissante sur ses infrastructures routières, la question de la mobilité dépasse largement le simple déplacement d’un point à un autre. Elle touche directement à la productivité des entreprises, aux revenus des travailleurs, à l’accès aux services et à la qualité de vie des populations.


C’est tout l’enjeu de la cinquième édition de la Semaine de la mobilité urbaine, organisée autour du thème : « La mobilité pour tous, accompagner la transition vers une mobilité durable ».
Pour Nana Sunu Annie, coordinatrice du projet d’accompagnement des communautés urbaines de Yaoundé et de Douala, l’efficacité des déplacements constitue un levier essentiel de développement. « Dans une ville, la mobilité est très importante, elle est très importante pour les opérateurs économiques, pour tout le monde, parce que vous savez, quand on gagne du temps, on gagne de l’argent », souligne-t-elle.
Cette approche rappelle une réalité souvent négligée : les difficultés de circulation ont des conséquences directes sur l’activité économique. Les retards, les embouteillages et les coûts de transport pèsent sur les ménages comme sur les entreprises. Améliorer la mobilité revient donc à libérer du temps, à réduire certaines dépenses et à favoriser une meilleure fluidité des échanges.
Les motos électriques, une alternative à l’épreuve du terrain
Autre enseignement majeur de cette caravane : la nécessité d'accélérer la transition vers des moyens de transport moins polluants. À Douala, où les motos thermiques occupent une place importante dans les déplacements urbains, l’électrification des deux-roues apparaît comme une piste à explorer pour limiter les émissions polluantes et améliorer la qualité de l’air.
« Le message qu’on veut faire passer, c’est que la moto électrique, c’est le moyen de déplacement de demain. Les motos thermiques, il faudrait que petit à petit on s’en éloigne car elles polluent l’atmosphère », insiste Nana Sunu Annie.
L’ambition est claire : encourager l’adoption progressive de véhicules plus respectueux de l’environnement sans ignorer les réalités économiques des usagers. Car pour de nombreux conducteurs de motos-taxis, le choix d’un véhicule dépend avant tout de son prix d’acquisition, de son autonomie, de sa fiabilité et de ses coûts d’entretien.
C’est précisément sur ces obstacles que devront agir les politiques d’accompagnement. La Communauté urbaine de Douala étudie notamment des mécanismes incitatifs, dont des primes à la casse, susceptibles de faciliter le remplacement progressif des véhicules les plus polluants par des solutions plus propres.
Une telle orientation pourrait ouvrir une nouvelle perspective pour les professionnels du transport, à condition que les mesures envisagées soient accessibles, économiquement viables et accompagnées d'infrastructures adaptées.
Bordeaux Métropole et l’Union européenne en appui à la transition
Cette dynamique bénéficie de l’appui technique de Bordeaux Métropole et du financement de l’Union européenne. L’objectif est de soutenir les collectivités de Douala et de Yaoundé dans la promotion de solutions de mobilité plus durables et mieux adaptées aux besoins des populations.
Marche, vélo, transports collectifs et véhicules électriques : l’enjeu consiste à développer une offre diversifiée dans laquelle chaque mode de déplacement trouve sa place.
Cette vision suppose notamment de mieux intégrer les différents moyens de transport, de renforcer la sécurité des usagers et de faciliter les déplacements des personnes les plus vulnérables. La mobilité durable ne peut, en effet, se limiter à la promotion de véhicules électriques. Elle implique également de rendre la ville plus accessible aux piétons, aux cyclistes et aux personnes à mobilité réduite.
Dans cette perspective, le projet de Bus à Haut Niveau de Service (BRT), annoncé par la ville, constitue un autre levier de transformation. En ambitionnant de structurer davantage l’offre de transport collectif, ce projet pourrait contribuer à améliorer les déplacements à grande échelle et à proposer une alternative aux trajets effectués individuellement en véhicules motorisés.
De la sensibilisation à l'action : le véritable défi
La caravane de Ndokoti a démontré qu’il était possible de mobiliser les citoyens autour d’une autre conception de la mobilité. Mais entre l’adhésion aux messages de sensibilisation et leur traduction dans les pratiques quotidiennes, le chemin reste important.
Pour inscrire cette transition dans la durée, Douala devra relever plusieurs défis : développer des infrastructures adaptées aux mobilités douces, rendre les solutions électriques financièrement accessibles, renforcer la sécurité routière et améliorer la complémentarité entre les différents moyens de transport.
L’enjeu est également de faire de la mobilité durable une politique qui profite à toutes les catégories sociales, et non un privilège réservé aux usagers disposant de moyens financiers suffisants.
Soutenue techniquement par Bordeaux
Métropole et financée par l’Union européenne, cette démarche offre à la capitale économique une occasion de repenser son organisation urbaine à partir des besoins réels de ses habitants.
À Ndokoti, les vélos, les rollers et les motos électriques ont ainsi porté bien plus qu’un message écologique : ils ont donné à voir une autre manière d’habiter et de parcourir la ville. Reste désormais à transformer cette démonstration populaire en solutions concrètes, capables de réduire les contraintes de déplacement, de préserver l’environnement et de soutenir l’activité économique.
Car pour Douala, choisir le futur ne consiste pas seulement à changer de moyen de transport. C’est aussi construire une ville où se déplacer devient plus simple, plus sûr et plus respectueux de tous.
Vichal DIKOBO S
699233518/670376078



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