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PATRIMOINE : À DOUALA, LES ANCIENNES FRONTIÈRES DES VILLAGES SORTENT DE L’OUBLI.


Jalonnement culturel : la Ville veut sauver de l’oubli les limites, les histoires et l’identité des territoires qui ont façonné la métropole

Avant les routes, les ponts et les grands immeubles, il y avait l’eau. Avant les quartiers modernes, il y avait les villages. Et entre ces villages, des débarcadères, des cours d’eau et des repères territoriaux qui racontaient l’histoire du peuple Sawa. À Douala, cette mémoire longtemps reléguée au second plan revient aujourd’hui dans l’espace public.


Le mardi 8 septembre 2026 pourrait marquer une nouvelle étape dans la manière dont Douala regarde son passé. Le Maire de la Ville, Dr Roger Mbassa Ndine, a procédé au lancement officiel du Projet de Jalonnement culturel, une initiative destinée à matérialiser les limites historiques des villages qui constituent aujourd’hui la grande métropole.

Autour de l'édile, plusieurs chefs traditionnels du canton Akwa et autorités coutumières ont pris part à cette démarche qui entend reconnecter la ville moderne avec ses racines.




Quand l’eau dessinait les frontières



Il faut remonter à l'époque où le territoire Sawa se structurait autour de l'eau pour comprendre la portée de cette initiative.


Le Sawa est un peuple de l'eau, mais aussi de la terre, du feu et du vent. Les fleuves, les rivières et les bras d'eau n'étaient pas de simples éléments du paysage. Ils participaient à l'organisation de la vie sociale et territoriale.


Les débarcadères constituaient des points stratégiques. Ils permettaient de rejoindre les communautés voisines, de commercer, de communiquer et surtout de repérer les différents territoires.


Avec l'expansion urbaine, les routes ont progressivement remplacé les voies d'eau, les quartiers se sont étendus et les anciennes frontières villageoises sont devenues moins visibles.

Le risque : qu'une partie de cette géographie historique disparaisse avec la mémoire de ceux qui la connaissent encore.


Bonelang, Bonejang, Bonamouti, Bonabekombo… des noms, mais surtout une histoire


Le jalonnement culturel veut précisément remettre ces repères dans le champ de vision des habitants.


Les limites historiques entre Bonelang et Bonejang, ou encore entre Bonamouti et Bonabekombo, ne doivent plus être seulement connues des initiés. Elles doivent pouvoir être identifiées et comprises dans l'espace urbain.

Car derrière une limite territoriale se trouvent des générations, des familles, des traditions, des terres et des récits.

Connaître son village ne signifie donc pas seulement savoir où l'on habite. C'est aussi connaître son histoire, ses limites, ses richesses et ses liens avec les communautés voisines.



Une mémoire à transmettre à la jeunesse



Pour les autorités municipales et traditionnelles, l'enjeu est également pédagogique.


À une époque où la ville se transforme à une vitesse vertigineuse, les jeunes générations risquent de connaître davantage les noms des grandes artères et des nouveaux quartiers que ceux des territoires ancestraux sur lesquels la ville s'est construite.

Le jalonnement culturel veut inverser cette tendance en inscrivant des repères historiques dans le paysage urbain contemporain.


L'initiative valorise ainsi le rôle des chefs traditionnels, considérés comme des acteurs essentiels de la conservation et de la transmission de cette mémoire.



Faire de la mémoire un patrimoine vivant



L'ambition dépasse finalement la simple délimitation géographique.

Il s'agit de préserver la mémoire territoriale et culturelle des communautés, promouvoir le patrimoine matériel et immatériel de Douala, renforcer le sentiment d'appartenance et favoriser une meilleure appropriation du territoire par les populations.

À terme, ces parcours mémoriels pourraient également constituer de nouveaux points d'intérêt pour le tourisme culturel.

Douala se modernise. Mais en balisant ses anciennes frontières, elle rappelle une évidence : une ville peut changer de visage sans renier le territoire qui lui a donné naissance.

Et dans cette métropole construite entre terre et eau, les anciens villages ne doivent plus être de simples souvenirs. Ils doivent redevenir des pages visibles de l'histoire de Douala.

La mission se poursuivra dans d'autres Cantons...





Vichal DIKOBO S.

699233518/670376078

 
 
 

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