14,25 MILLIARDS POUR LA PROPRETÉ, DES RUES COUVERTES D’ORDURES : LE GRAND PARADOXE DE BONABÉRI
- Vichal Dikobo
- il y a 2 heures
- 4 min de lecture

GENELCAM SARL face à ses engagements : à Bonabéri, les chiffres et les immondices racontent un même échec
À Douala 4e, le paradoxe devient difficile à ignorer. Alors qu’un marché de 14,25 milliards de FCFA a été attribué à GENELCAM SARL pour assurer pendant cinq ans la collecte des ordures ménagères et le nettoyage des espaces publics, Bonabéri donne aujourd’hui l’image d’un arrondissement abandonné à ses déchets. Dans plusieurs points névralgiques, les ordures débordent, occupent les abords des routes et s’installent durablement dans le quotidien des populations.
Le contraste entre l’ampleur des moyens financiers annoncés et la faiblesse des résultats observés sur le terrain alimente désormais l’indignation. Plus qu’un simple problème de salubrité, c’est la question du respect des engagements contractuels qui est posée.
Un contrat lourd, des résultats légers.
Le marché attribué à GENELCAM SARL concerne le Lot n°3, dédié à la collecte et au nettoyage, pour une durée de cinq ans, avec une tranche ferme d’un an et quatre tranches conditionnelles. Une procédure de gré à gré autorisée dans un contexte présenté comme urgent.
Mais plusieurs mois après le démarrage des prestations, la situation observée dans certains secteurs de Douala 4e semble être à l’opposé des objectifs affichés.
Du marché Grand Hangar à Ndobo, de Forêt Bar à l’Échangeur, du carrefour Château au Centre Équestre, notamment vers l’entrée Motango, les dépôts sauvages d’ordures se multiplient. Des tas d’immondices s’accumulent à proximité des espaces commerciaux et des axes de circulation, donnant à certains quartiers des allures de décharges à ciel ouvert.
À l’approche de la rentrée scolaire, cette situation devient d’autant plus préoccupante que les enfants, les commerçants, les riverains et les usagers des voies publiques sont quotidiennement exposés à un environnement dégradé.
25 camions annoncés, seulement 6 opérationnels.
Le problème semble également être logistique.
Selon les éléments disponibles, le dispositif contractuel prévoit 25 camions, alors que seulement 6 seraient actuellement actifs. Une différence considérable qui permet de comprendre, au moins en partie, pourquoi les déchets continuent de s’accumuler dans plusieurs zones de l’arrondissement.
Une partie du matériel serait immobilisée, notamment dans l’enceinte de la sous-préfecture, tandis que d’autres engins seraient stationnés à la décharge municipale de Nyalla PK10.
Cette situation nourrit l’incompréhension des populations : comment atteindre les objectifs de collecte avec un parc automobile aussi réduit ?
Le constat est encore plus préoccupant lorsque les chiffres de collecte sont évoqués. Sur un objectif mensuel annoncé de 6 600 tonnes, le taux de collecte ne serait que de 29 %. Autrement dit, une importante partie des déchets produits dans l’arrondissement ne serait pas prise en charge dans les délais attendus.
« On regrette presque Hysacam »
Sur le terrain, le désarroi est palpable. Au marché Grand Hangar, les commerçants ne cachent plus leur exaspération.
Feuyou Gaston Eric, président de l’association des commerçants du marché Grand Hangar, témoigne :
« Compte tenu des ordures que vous voyez là, nous sommes vraiment dépassés, la population est dépassée. […] On ne sait pas ce que GENELCAM fait ici, parce que quand c’était encore Hysacam, malgré le manque de matériel, Hysacam faisait toujours des efforts à son niveau. »
Une déclaration qui traduit un retournement pour le moins surprenant : alors que le changement d’opérateur devait améliorer le service, certains usagers disent désormais regretter l’ancien prestataire.
Le problème n’est plus seulement celui des ordures.
Au-delà des tas d’immondices, une interrogation plus fondamentale se pose : que vaut un contrat de plusieurs milliards lorsque les prestations attendues ne sont pas suffisamment visibles dans les rues ?
La question est d’autant plus sensible que le renouvellement des différentes tranches du marché est normalement lié à l’appréciation de la qualité des prestations.
Dans ces conditions, la situation actuelle devrait logiquement conduire à une évaluation rigoureuse des performances du prestataire : nombre de camions effectivement opérationnels, tonnage réellement collecté, fréquence des rotations, zones couvertes, personnel mobilisé et respect des obligations prévues au contrat.
Car il ne saurait être question de considérer la salubrité publique comme une simple promesse administrative. Derrière chaque camion qui ne circule pas, ce sont des déchets qui restent dans les quartiers. Derrière chaque rotation non effectuée, ce sont des populations qui vivent avec les conséquences.
GENELCAM interpellée, l'heure de la justification.
Face à ces constats, la responsabilité de l’opérateur est directement interpellée. Pourquoi les moyens annoncés ne semblent-ils pas correspondre aux moyens effectivement visibles sur le terrain ? Pourquoi le taux de collecte reste-t-il aussi faible ? Quelles mesures sont prises pour remettre en service les engins immobilisés ?
Pour respecter le principe du contradictoire, nous avons sollicité les responsables de GENELCAM SARL afin d’obtenir leur réaction et leurs explications sur les difficultés constatées. Ils n’ont pas souhaité répondre à nos préoccupations au moment de notre démarche.
14,25 milliards : le prix du contrat ne doit-il pas être celui du résultat ?
À Bonabéri, le débat dépasse désormais la seule présence des ordures dans les rues. Il porte sur l'efficacité de la dépense publique et l'obligation de résultat attachée à un marché de cette importance.
Les populations ne demandent pas seulement des camions. Elles demandent un service fonctionnel, régulier et conforme aux engagements pris.
Avec 14,25 milliards de FCFA en jeu, l'enjeu est considérable. La question est désormais simple, mais lourde de conséquences : GENELCAM SARL est-elle aujourd'hui en mesure de démontrer qu'elle respecte effectivement les engagements pour lesquels ce marché lui a été attribué ?
À Douala 4e, les ordures, elles, semblent déjà avoir livré leur propre verdict.
Vichal DIKOBO S.
699233518/670376078



Commentaires