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Les mots d'un homme digne...

Saga Mboa Sawa

Les derniers mots du roi Rudolf avant la corde



« Je reconnais leur avoir répété à satiété ce dicton de chez nous : " La terre ancestrale ne migre pas. Elle reste l'héritage de la descendance »

Le grand martyr Duala Manga menait des combats difficiles au nom de notre pays : << J'ai exhorté mes frères à s'acquitter chaque jour de leur devoir envers l'histoire . Le devoir d'aimer et de protéger notre pays d'un amour sincère et profond comme on aime et protège son enfant >>

L'Adieu de Duala Manga à sa famille se heurte à son embarras et au désespoir de son épouse. L'œuvre « Ngum’a Jemea » de l'auteur David Mbanga Eyombwan évoque aussi un certain ‘Anjo Bell’ soldat et confident du roi qui ne le quitta qu’à l’aube de la pendaison.

Voici la terrible scène d’adieu :

Engome

-Mais quand reviendras-tu ?

Duala Manga

-Je ne peux pas te dire exactement quand je reviendrai Mais , puis qu'on commence déjà à me laisser sortir, j'espère que ma libération ne va plus tarder. C'est fort probable que d'ici peu , nous soyons encore ensemble comme par le passé .

Mais si contre toute attente il arrivait que je ne revienne pas vite , ou que je ne revienne pas du tout...

Engome

-Je t'en prie , arrête ! N'envisage pas une telle éventualité...

Duala Manga

-L'homme propose, Dieu dispose. Je peux me mettre à espérer que je serai bientôt libéré alors qu'en fait c'est la mort qui m'attend. Ainsi donc , S'il arrivait que nous ne nous revoyions plus , ne te laisse pas aller au découragement , prend ma place auprès de nos enfants ; Soit leur père et leur mère.

Apprends-leur à aimer leur patrie plus que leur propre vie . Répète-leur sans cesse que quiconque trahit son pays sera frappé de malédiction , lui et toute sa progéniture. Fais naître et grandir en eux l'amour fraternel, l'amour du travail et le goût de l'effort . Raconte-leur souvent l'histoire de ma vie . Visite et réconforte toutes les femmes dont leur maris sont en détention à cause de leur patrimoine ... Que ta force morale leur soit un enseignement efficace et vivant. Au revoir ! Une tâche immense t’attend ... Ne te repose avant l'avoir achevée. Je vous confie sous la protection du Dieu tout puissant. Il vous gardera jusqu'au jour où lui-même nous rassemblera de nouveau .

( Pendant que Duala Manga s'en va , Engome retourne dans sa chambre en pleurant)

Duala Manga

-Mon Dieu ! Quelle épreuve ! Pourquoi Zimmermann m'a-t-il accordé l'autorisation de revenir dire un adieu à ma famille ? Si je ne réintègre la prison, ne me traitera-t-il pas de dernier des imbéciles ? Et si je ne la regagne pas, serais-je encore digne d'honneur ? Que faire ?

Rudolf Douala manga Bell aurait pu s'enfuir mais il décida de revenir le lendemain pour faire face à sa mort par pendaison le 08 août 1914 Six ans après son intronisation. Deux ans plus tard ( 1916) les allemands ont été chassés du Cameroun .

Le Roi Rudolph fut pendu ainsi que son secrétaire Adolph Ngosso Din le 8 août 1914.

En gros donc, les allemands n’ont pas reculé dans leur sinistre projet de déguerpir les Bonanjo du plateau Joss. L’administration reculera-t-elle dans la volonté affirmée de l’Etat camerounais de prendre possession des 4 hectares de Dikolo ?

Dans un récent livre, ‘Le Retour du Roi Rudolf Duala Manga Bell’ écrit par le Pr Calvin DJOUARI, on peut lire la vision suivante :

« DUALA MANGA BELL est accueilli sur les berges du Wouri. 200 mille personnes l’attendent. Une petite fille l’aperçoit de loin et alerte la foule. « Regardez là-bas, nous avons un mouvement sur le fleuve ! Le voilà qui arrive. » La foule retient son souffle et un patriarche confirme : « oui… C’est lui qui arrive. » Lors de sa première prise de parole, il déclare : « Cette passion, de venir vous retrouver me dévorait… Ce pays m’a manqué, vous m’avez manqué…

Cette terre je l’ai aimée, je savais que la ville de douala grandirait grâce au courage de ses enfants. Je savais que les hommes viendraient de partout par amour pour elle et que leur dévouement ferait imprimer la marque de grandeur avec tous les talents qui sont les leurs. C’est la ville qui embrasse toutes les tribus ; chaque enfant qui viendra habiter dans cette ville la fera rayonner comme il peut… L’esprit qui m’avait engendré est le même qui me ramène ici… »

Pour comprendre la terreur qui endeuille la ville de Douala ce mois d’août 1914, il faut remonter au projet d’extension et de modernisation de Douala, imposé par le boom économique du pays, l’accroissement démographique de la ville et les nécessités d’hygiène et de salubrité dans les quartiers. Au prétexte que la cohabitation avec les autochtones indispose les Européens, le plan directeur conçu et présenté en 1910 par von Rohm, l’administrateur de Douala, consacre la ségrégation. Il prévoit la division de la ville en trois zones: un secteur pour l’établissement des services publics et des résidences pour les Européens, un secteur pour les Douala (les quartiers Neu Deido, Neu Akwa et Neu Bell), et entre les deux secteurs, une zone tampon (freie zone) d’au moins un kilomètre de large. Les Douala, déjà submergés par les Européens sur les rivages du Wouri, sont appelés à déguerpir du plateau Joss où doit s’installer la ville blanche. Mais il est entendu que le déguerpissement se ferait à l’amiable. Les négociations s’ouvrent entre les chefs et l’administration. D’accord au départ sur le principe d’un arrangement, les chefs se rétractent devant l’étendue des terres sollicitées et les conditions de relogement des populations à déplacer. L’administration est ainsi amenée à envisager l’expropriation.

Pour les Duala, par contre, ce décret et l’expropriation, entrée dans sa phase d’exécution, constituent une violation du traité signé le 12 juillet 1884 entre les rois Duala et la firme Woermann. Le traité précise, sans ambiguïté : "les terrains cultivés par nous et les emplacements sur lesquels se trouvent les villages doivent rester la propriété des possesseurs actuels et de leurs descendants".

La résistance qui s’organise autour du roi des Bell, a donc aussi des allures de révolte.

" Gens de Douala, Je m’adresse à vous pour vous annoncer que Manga (Rudolf) Bell est condamné aujourd’hui à la pendaison parce qu’il s’est montré un traître au Kaiser et à l’Empire."

Le 08 août 1914, cette proclamation signée du gouverneur Karl Ebermaier, est placardée sur les principales places de Douala. Ce même jour, vers 5h du soir le mis en cause est exécuté par pendaison, ainsi que son parent et secrétaire Ngosso Din.

Le PR Djouari écrit : « L’histoire de Duala Manga Bell est l’histoire la plus passionnante du siècle dernier. Il est avec Nelson Mandela ceux qui ont montré la grandeur de l’âme Noire. Duala Manga Bell a désacralisé la mort. C’est unique, imaginez-vous….

Une personne qui est condamnée à mort…. À qui on demande d’aller dire au revoir à sa famille, qui refuse le plan d’évasion de ses sujets. Dites-moi… Quel est le prisonnier condamné de nos jours qui peut accepter de retourner pour se faire tuer. C’est ce qu’on appelait dans le monde grec le héros chevaleresque qui est réuni en une seule personne, la beauté, le courage, la témérité, une pugnacité exceptionnelle et un caractère fougueux qui rendent l’homme d’action immortel. Son histoire devrait être enseignée chaque matin à l’école. C’est un patrimoine mythique.

Et on devrait élever un gigantesque monument sur sa tombe et le vénérer comme je vois on vénère les tombes des grands hommes ici en occident.

Rudolf Duala Manga Bell, fut un roi d’exception, à l’époque de la colonisation allemande, prêt à tous les sacrifices pour son peuple. Il est l’incarnation même du nationalisme camerounais. »

Parlant de son livre, « Le Retour du Roi Rudolf Duala Manga Bell » le Pr Calvin DJOUARI écrit :

« Dans ce récit, j’imagine un retour de cet illustre personnage qui vient revivre au milieu des siens. Il symbolise la grandeur, l’âme immortelle, parce qu’on trouve dans sa vie toutes les attitudes des valeurs augustes. C’est l’homme en Afrique, qui a l’histoire la plus fascinante, mais une histoire oubliée. Il est en quelque sorte le précurseur du nationalisme mondial, je dis bien mondial parce qu’il montre sa détermination nationaliste avant les Malcom X, les GHANDI, Nkrumah SEKOU TOURE, UM NYOBE, FELIX MOUMIE ERNEST OUANDIE ET NELSON MANDELA ».

Edouard Kingue


VICHAL DIKOBO S

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