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BABENGA : polémique autour d’une succession au trône, les populations dénoncent une ingérence administrative


Le village Babenga, situé dans l’arrondissement de Dibombari, est depuis ce jeudi 12 mars 2026 le théâtre d’une vive controverse autour de la succession à la chefferie traditionnelle. Une réunion convoquée par le sous-préfet de l’arrondissement, Jean Philippe Ngo'o Mebe, et présentée comme une simple consultation des populations, s’est finalement transformée en un épisode particulièrement tendu que certains habitants qualifient désormais d’abus de pouvoir administratif.

Dès le début de l’après-midi, les populations du village, jeunes, femmes, notables et anciens se sont rendues massivement à la case communautaire de Babenga afin de participer à cette rencontre censée permettre aux autorités administratives d’écouter les différentes sensibilités du village sur la question de la chefferie.

Cependant, la situation s’est rapidement envenimée lorsque le chef du village, Jean Claude Modi Dissake, ainsi que les membres de la famille régnante, auraient été refoulés à l’entrée de la salle où se déroulaient les échanges.

Cette attitude a suscité l’indignation de nombreux habitants, estimant qu’une consultation sur la chefferie ne saurait se faire sans la présence du chef en fonction et de la famille gardienne de la tradition.

Face à la pression de certains participants et après une période de vives discussions, l’autorité administrative a finalement autorisé l’accès du chef et de sa suite à la salle. Mais l’incident avait déjà installé un climat de suspicion et de tension.


Une consultation qui vire à la désignation


Selon plusieurs témoins présents lors de la rencontre, le sous-préfet aurait dans un premier temps rassuré l’assistance en précisant qu’il ne s’agissait ni d’une destitution ni d’une procédure de remplacement, mais simplement d’une consultation visant à recueillir les avis des populations.

Toutefois, au fil des échanges, la réunion aurait pris une tournure inattendue lorsque l’autorité administrative aurait demandé à l’assemblée de faire venir le ou les candidats potentiels à la succession du chef du village Babenga.

Pour la famille régnante, cette demande constituait une contradiction flagrante avec l’esprit initial de la réunion. Estimant qu’il s’agissait désormais d’une tentative de désignation prématurée d’un nouveau chef, les proches du chef Jean Claude Modi Dissake ont exprimé leur indignation avant de quitter la salle en signe de protestation.


Un débat juridique : ce que dit la loi


Cette affaire relance la question du rôle exact de l’administration dans la gestion des chefferies traditionnelles. Au Cameroun, les règles encadrant l’organisation des chefferies sont fixées notamment par le Décret n°77/245 du 15 juillet 1977, qui précise que l’autorité administrative veille au respect de l’ordre public et supervise les procédures.

Cependant, ce même texte rappelle que la désignation d’un chef doit se faire conformément aux coutumes et traditions de la communauté concernée, après consultation des familles habilitées et des notabilités traditionnelles.

Autrement dit, le rôle de l’administration est en principe d’accompagner et d’encadrer la procédure, et non d’imposer ou d’orienter un choix qui relève avant tout de la tradition.


La tradition sawa au cœur du débat


Dans plusieurs communautés du Littoral, notamment au sein des traditions SAWA, la succession au trône obéit généralement à une logique héréditaire et familiale, où le fils succède au père ou, à défaut, un membre direct de la lignée royale.

Or, lors de la réunion de Babenga, le sous-préfet aurait affirmé que la succession dans ce village serait à la fois verticale et horizontale, une interprétation qui permettrait d’élargir le choix à d’autres branches familiales.

Cette position est fortement contestée par la famille régnante, qui considère qu’elle dénature la coutume locale et pourrait ouvrir la voie à une succession jugée illégitime.


Des accusations autour des terres du village


La tension est encore montée d’un cran lorsque le chef Jean Claude Modi Dissake a publiquement accusé le camp opposé de vouloir faciliter la vente des terres du village au profit d’une certaine Amougou.

Selon certaines voix au sein du village, cette dernière entretiendrait des liens familiaux avec l’autorité administrative ayant convoqué la réunion, ce qui alimente les soupçons d’un éventuel conflit d’intérêts. Pour l’instant, ces accusations restent à l’état d’allégations et n’ont pas fait l’objet de confirmation officielle.


Un village profondément divisé


À l’issue de cette journée mouvementée, Babenga apparaît aujourd’hui profondément fracturé entre deux camps antagonistes. D’un côté, les partisans du chef actuel et de la famille régnante qui dénoncent une ingérence administrative ; de l’autre, ceux qui estiment qu’un changement de leadership serait nécessaire pour l’avenir du village.

Dans ce contexte explosif, de nombreux habitants appellent les plus hautes autorités administratives et traditionnelles à intervenir rapidement afin de clarifier la situation, vérifier la régularité de la procédure et éviter que la crise ne dégénère en conflit ouvert.

Car pour les populations de Babenga, une chose est certaine : la succession à la chefferie ne doit pas devenir un facteur de division, mais rester un acte de transmission respectueux des lois de la République et des traditions ancestrales.




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