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DEVOIR DE MÉMOIRE Sa Majesté Moukouri Ndoumbé Ebenezer Charles : 30 ans après, l’œuvre d’un bâtisseur demeure

Du trône de Bonadouma aux tribunes d’Oryx Club, de l’Église à l’éducation, un homme dont la vie fut consacrée à bâtir, transmettre et servir.

22 juin 1912 – 08 août 1996

Il est des hommes que le temps ne parvient pas à effacer. Des hommes dont la disparition marque une date, mais dont les œuvres continuent de raconter l’histoire bien au-delà de leur existence.

Sa Majesté Moukouri Ndoumbé Essomé Ebenezer Charles, affectueusement appelé « Ébéné », appartient à cette catégorie rare d’hommes dont la trajectoire dépasse les titres et les fonctions. Chef traditionnel, ingénieur en bâtiment, administrateur, homme de foi, éducateur, dirigeant sportif et bâtisseur infatigable, il aura consacré l’essentiel de sa vie à une idée simple : servir et construire pour les générations futures.

Trente ans après son départ pour le monde des ancêtres, le 8 août 1996, son nom demeure profondément associé à Bonadouma, au canton Njo-Njo, à l’Église, à l’éducation et au football camerounais.


UN HOMME, UNE DESTINÉE


Né le 22 juin 1912 au sein de la famille Bona Mbango, Bona Tokoto Bonadouma, Moukouri Ndoumbé grandit dans un environnement où la dignité, la discipline, la responsabilité et l’attachement aux racines occupaient une place essentielle.

Son parcours scolaire le conduisit de Bonapriso à Yaoundé, où il poursuivit des études supérieures. Il en sortit ingénieur en bâtiment, une formation qui allait profondément orienter la suite de son existence.

Car Moukouri Ndoumbé ne voulait pas seulement être bénéficiaire de la modernité.

Il voulait en être un acteur.


BONADOUMA : LE TRÔNE COMME RESPONSABILITÉ


En 1951, Moukouri Ndoumbé Ebenezer Charles accède au trône de Bonadouma.

Il exercera cette fonction pendant 45 années, devenant l'une des figures traditionnelles les plus respectées du canton Njo-Njo.

Bonadouma, l’un des quatre villages du canton Njo-Njo, porte une histoire intimement liée à celle de Douala. Comme plusieurs communautés du plateau Joss, son destin fut marqué par les grandes négociations foncières de l’époque coloniale, les expropriations et le déplacement des populations vers d’autres espaces, notamment New-Bell.

L’histoire du village fut également marquée par le destin tragique de Sa Majesté Alfred Édouard Tokoto II Essomé, oncle de Moukouri Ndoumbé. Fonctionnaire au cabinet du gouverneur allemand à Douala, celui-ci fut accusé d’avoir informé Rudolf Duala Manga Bell des intentions allemandes concernant l’expropriation des terres du canton Bell. Arrêté, jugé et condamné à la prison à perpétuité à Buéa le 6 août 1914, il fut pris dans la tourmente qui allait conduire, deux jours plus tard, à l’exécution de plusieurs figures de la résistance camerounaise.

Dans ce contexte historique lourd, Moukouri Ndoumbé héritait d’un trône qui représentait bien davantage qu’un titre.

Être chef, pour lui, c’était servir.



UNE AUTORITÉ QUI DÉPASSAIT LES FRONTIÈRES DE BONADOUMA



Durant son règne, son influence dépassa largement les limites administratives de son village.

Moukouri Ndoumbé occupa notamment des responsabilités importantes au sein du Ngondo, où son aura et son engagement lui permirent de s’imposer comme une personnalité écoutée de la communauté Sawa.

Sa résidence de Bonadouma devint même un espace où pouvaient se tenir certaines rencontres liées à la vie du Ngondo.

Il était de ces chefs de troisième degré dont l’autorité morale pouvait les conduire aux côtés de chefs de rang supérieur.

Mais derrière le prestige du trône, il y avait surtout un homme de terrain.


L’ÉGLISE : QUAND LE CHEF DEVINT SERVITEUR


La foi occupait une place centrale dans son existence.

Ancien de l’Église Évangélique du Cameroun, notamment au Temple de Bonadouma, Moukouri Ndoumbé ne considérait pas son engagement religieux comme une distinction honorifique.

Avec son ami et frère Paul Soppo Priso, et avec l’implication du révérend pasteur Moukoko Ndocko, un terrain d’environ 1 000 m² fut mis à disposition pour permettre la construction du Temple de l’Église Évangélique du Cameroun à Bonadouma.

Mais une fois le bâtiment construit, une autre bataille commença : remplir l’église.

Le chef ne resta pas dans son bureau.

Il descendit sur le terrain.

Porte après porte, famille après famille, il alla rencontrer les habitants, les jeunes, les hommes et les femmes pour les inviter à rejoindre la nouvelle communauté.

Cette image du chef frappant aux portes pour parler de l’Église résume à elle seule sa conception du leadership : ne pas attendre que les autres viennent à soi, mais aller vers les autres.


LA SAMARITAINE ET L’INSTITUT POLYVALENT : BÂTIR L’AVENIR PAR L’ÉDUCATION



Pour Moukouri Ndoumbé, la foi et l’éducation étaient indissociables.

C’est dans cet esprit que naquit, au sein de la paroisse, l’école maternelle La Samaritaine de Njo-Njo.

Le projet portait une philosophie claire : accompagner l’enfant, transmettre le savoir et préparer l’avenir.

Son ambition éducative allait toutefois beaucoup plus loin.

Il fut également à l’origine de la création de l’Institut Polyvalent de Njo-Njo, inauguré lors de la rentrée scolaire 1990-1991 en présence du ministre de l’Éducation nationale de l’époque, Georges Ngango.

L’établissement allait accueillir plusieurs générations d’élèves.

Plus significatif encore, les enfants natifs du canton bénéficiaient d’une réduction de 50 % sur les frais de scolarité, traduisant une volonté assumée de favoriser l’accès des jeunes de Njo-Njo à l’éducation.

Chez Moukouri Ndoumbé, construire une école n’était donc pas simplement construire un bâtiment.

C’était construire l’avenir.


ORYX CLUB DE DOUALA : LE CHEF QUI VIBRAIT POUR LE FOOTBALL


Il existe aussi un autre territoire dans lequel Moukouri Ndoumbé exprimait pleinement sa passion : le football.

Ancien président du mythique Oryx Club de Douala, il accompagna l’un des clubs les plus prestigieux de l’histoire du football camerounais.

Oryx, c’était une génération exceptionnelle : Mbappé Leppé, Epete Maurice, Tokoto Jean-Pierre, Moukoko de Confiance, Ebimbé Dallé, Tokoto Rudolf et bien d’autres talents.

En 1965, Oryx Club de Douala écrivait une page historique en remportant au Ghana la toute première édition de la Coupe d’Afrique des clubs champions.

Dans les tribunes, Moukouri Ndoumbé ne ressemblait pas à un président ordinaire.

Il vivait les matches.

Il pouvait bondir de son siège, reproduire les gestes des joueurs, encourager, interpeller, conseiller. Avec les joueurs, il était tour à tour dirigeant, conseiller, père et supporter.

L’ancien capitaine Epete Maurice gardera de lui le souvenir d’un homme au grand cœur, au franc-parler assumé et profondément attaché à ses joueurs.

À la maison familiale également, les résultats d’Oryx rythmaient parfois l’atmosphère.

Victoire : la fête. Défaite : le silence.

Le football n’était pas seulement une fonction dans sa vie. C’était une passion.



BONADOUMA HOME : L’AVANT-GARDE D’UN INGÉNIEUR


Ingénieur en bâtiment, Moukouri Ndoumbé ne pouvait que laisser derrière lui des traces architecturales.

À Bonadouma, Bonadouma Home demeure l’un des témoignages les plus visibles de son esprit avant-gardiste.

Pour son époque, cette demeure impressionnait par son architecture et ses équipements, notamment sa piscine aménagée sur le toit.

Bonadouma Home n’était donc pas qu’une résidence familiale.

Elle incarnait une vision.

Celle d’un homme qui voulait démontrer que le Cameroun pouvait aussi penser et réaliser une architecture audacieuse, moderne et ambitieuse.


UN TANDEM AU SERVICE DU TERROIR


Le parcours de Moukouri Ndoumbé fut également marqué par sa proximité avec Paul Soppo Priso, géomètre agréé et homme d’affaires.

La rencontre entre les deux hommes, facilitée dans le cadre de l’environnement de l’Oryx Club, allait donner naissance à une relation dépassant le simple cadre professionnel.

Deux hommes, deux compétences, mais une même ambition : contribuer au développement de leur ville, de leur canton et de leur communauté.

Leur complicité s’exprima dans les affaires, le monde associatif, l’Église et les projets d’infrastructures.

Cette dynamique contribua à faire émerger, à Njo-Njo, plusieurs équipements et initiatives destinés aux populations.


UN HOMME DE FOI JUSQU’AU DERNIER JOUR


Derrière le chef, l’ingénieur, le dirigeant sportif et le bâtisseur, demeurait un homme profondément attaché à Dieu.

Moukouri Ndoumbé fut ancien de l’Église au sein de sa paroisse de Njo-Njo Centre.

Son souhait concernant ses funérailles en disait long sur son humilité : il ne souhaitait pas être considéré uniquement comme chef, mais aussi comme ancien de l’Église.

Comme s’il voulait rappeler que derrière la majesté du trône demeurait avant tout un serviteur de Dieu et de sa communauté.


8 AOÛT 1996 : LE DÉPART VERS LES ANCÊTRES


Le 8 août 1996, Sa Majesté Moukouri Ndoumbé Ebenezer Charles s’en allait.

Il quittait ce monde après 45 années de règne.

Mais il laissait derrière lui une famille, un village, une Église, des écoles, un club mythique, des bâtiments, des souvenirs et surtout des générations d’hommes et de femmes qu’il avait contribué à façonner.

La coïncidence de la date avec le souvenir douloureux du 8 août 1914, marqué par l’exécution de Rudolf Duala Manga Bell, Adolf Ngosso Din et d’autres figures de la résistance, donne à cette date une résonance particulière dans la mémoire camerounaise.

Trente ans plus tard, Moukouri Ndoumbé n’est pourtant pas devenu un simple souvenir.

Il est devenu une mémoire vivante.


8 AOÛT 2026 : BONADOUMA SE SOUVIENT


Le 8 août 2026, trente ans jour pour jour après sa disparition, la famille Bona Mbango, entourée de proches et de membres de la communauté, a commémoré la mémoire du patriarche.

Au mausolée familial de Bonadouma, érigé à la mémoire de ses parents par sa fille Jacqueline Françoise Caliste Son Moukouri, épouse Kouo Edeme, la cérémonie s’est déroulée dans une atmosphère de recueillement.

Sous la conduite du pasteur Dikongué de l’Église Évangélique du Cameroun, Temple de Bonadouma, chants, prières, recommandations et témoignages ont rythmé cette journée dédiée à la mémoire.

Le message pastoral fut particulièrement fort : pardonner, lâcher prise et poursuivre l’œuvre léguée par le père.

Un message qui rejoint finalement toute la philosophie de la vie de Moukouri Ndoumbé : construire, transmettre et laisser quelque chose derrière soi.


JACQUELINE FRANÇOISE : UNE FILLE, UNE MÉMOIRE, UN ENGAGEMENT


Impossible de refermer cette page sans saluer le rôle joué par Jacqueline Françoise Caliste Son Moukouri, épouse Kouo Edeme.

Fille de Sa Majesté Moukouri Ndoumbé, elle s’est progressivement imposée comme l’une des gardiennes de la mémoire familiale.

Son engagement dépasse le simple devoir filial.

Il est devenu une véritable mission de transmission.

L’érection du mausolée familial à Bonadouma en constitue l’une des expressions les plus fortes. Ce lieu est aujourd’hui un espace de mémoire, de recueillement et de rassemblement.

Le 2 mai 2022, elle a également initié une réunion familiale mensuelle, dont le siège est établi à Bonadouma Home, afin de renforcer les liens entre les descendants et de perpétuer l’héritage du patriarche.

Dans cette dynamique de solidarité, elle a également offert des tissus confectionnés à la CICAM aux membres de la famille, soit plus de 150 pièces, comme un geste symbolique d’unité et d’attachement à la communauté familiale.

À travers cette action, Jacqueline Françoise semble avoir reçu de son père plus qu’un nom : le sens de la responsabilité envers la mémoire.


LE VÉRITABLE HÉRITAGE


Le véritable héritage d’un homme ne se mesure pas à la durée de sa vie.

Il se mesure à ce qui demeure après lui.

À Bonadouma, Moukouri Ndoumbé laisse le souvenir d’un chef qui régna pendant 45 ans.

À Njo-Njo, celui d’un homme qui contribua à faire émerger des infrastructures.

À l’Église, celui d’un ancien engagé et disponible.

Dans l’éducation, celui d’un bâtisseur convaincu que l’avenir d’un peuple passe par la formation de sa jeunesse.

Dans le football camerounais, celui d’un président associé à une génération exceptionnelle et à l’épopée historique d’Oryx Club de Douala.

À sa famille, enfin, il laisse des valeurs de travail, de foi, de dignité, de responsabilité et de solidarité.

Son successeur sur le trône de Bonadouma, Sa Majesté Moudouthé Charles Melchior Petersbyl, n’a ainsi pas reçu uniquement une fonction.

Il a reçu une histoire.

Une mémoire.

Une œuvre à préserver et à poursuivre.


LES BÂTISSEURS NE DISPARAISSENT JAMAIS


Il y a trente ans, la terre de Bonadouma recevait la dépouille d’un grand homme.

Mais elle ne recevait pas son œuvre.

Son œuvre est restée.

Elle est dans les murs des écoles.

Dans les pierres des édifices.

Dans les bancs des églises.

Dans les souvenirs des anciens joueurs d’Oryx.

Dans les récits des familles.

Dans la mémoire du canton Njo-Njo.

Dans les générations d’hommes et de femmes qu’il a contribué à former.

Sa Majesté Moukouri Ndoumbé Ebenezer Charles était un bâtisseur.

Et les véritables bâtisseurs ne disparaissent jamais complètement.

Ils continuent de vivre dans ce qu’ils ont construit.


HOMMAGE


Sa Majesté Moukouri Ndoumbé Ebenezer Charles,

Trente ans après ton départ, Bonadouma se souvient.

Njo-Njo se souvient.

Oryx se souvient.

L’Église se souvient.

L’école se souvient.

Ta famille se souvient.

Et Mwendi la Nouvelle se souvient.

Parce que ton parcours nous rappelle qu’une vie ne trouve sa véritable grandeur que lorsqu’elle devient utile aux autres.

Tu as bâti.

Tu as servi.

Tu as transmis.

Tu as laissé des traces.

Et aujourd’hui encore, tes œuvres nous enseignent.

Repose auprès de tes ancêtres, Sa Majesté. Ton nom demeure.

Ton œuvre demeure.

Ta mémoire demeure.



À JACQUELINE FRANÇOISE CALISTE SON MOUKOURI : NOTRE RECONNAISSANCE



À travers votre engagement constant pour préserver la mémoire de votre père, vous avez compris une vérité essentielle : lorsqu’une famille oublie ses anciens, elle finit par perdre une partie d’elle-même.

Votre travail de conservation, de transmission et de rassemblement autour de la mémoire de Sa Majesté Moukouri Ndoumbé Ebenezer Charles mérite d’être salué et encouragé.

Continuez à raconter.

Continuez à transmettre.

Continuez à préserver.

Car tant qu’une génération raconte l’histoire de ceux qui l’ont précédée, la mémoire ne meurt jamais.

Pour l’amour d’un père.

Pour l’honneur d’une famille.

Pour la mémoire de Bonadouma.

Pour la transmission aux générations futures.

Mwendi la Nouvelle rend hommage à Sa Majesté Moukouri Ndoumbé Ebenezer Charles.

22 juin 1912 – 08 août 1996

08 août 1996 – 08 août 2026 : 30 ANS APRÈS, LE BÂTISSEUR PARLE ENCORE.





VICHAL DIKOBO S.

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