NDOLE SAWA : LE SECRET D’UN SAVOIR-FAIRE ANCESTRAL DÉSORMAIS PROTÉGÉ PAR UNE MARQUE COLLECTIVE INTERNATIONALE

Bien plus qu’un mets savoureux, le Ndolè est une signature culturelle, le reflet d’un savoir-faire transmis de génération en génération et l’une des plus belles expressions de l’art culinaire Sawa. Le 27 octobre 2026, au Palais de la culture Sawa à Douala, la remise officielle du certificat de marque collective par l’Organisation africaine de la propriété intellectuelle (OAPI) au Ngondo consacre une nouvelle étape dans la protection et la valorisation de ce patrimoine gastronomique emblématique du Cameroun.
Dans les marmites Sawa, toute une histoire se transmet
Il suffit parfois d’une assiette pour raconter l’histoire d’un peuple. Avec le Ndolè, les Sawa offrent au monde bien plus qu’une recette : ils partagent une mémoire, une identité et un art de vivre façonné au fil des générations.
Originaire des traditions culinaires Sawa, notamment dans le Littoral et à Douala, ce mets emblématique occupe une place de choix dans la gastronomie camerounaise. Sa renommée dépasse désormais les frontières nationales, portée par la richesse de ses saveurs, la maîtrise de sa préparation et sa présence incontournable lors des grandes rencontres familiales, des cérémonies traditionnelles et des événements festifs.
Derrière cette notoriété se cache un véritable savoir-faire. La préparation du Ndolè exige de la patience, de la précision et une connaissance approfondie des ingrédients. Les feuilles amères, soigneusement lavées et préparées pour en atténuer l’amertume, sont associées à la pâte d’arachide, aux épices et aux protéines choisies selon les traditions et les préférences culinaires.
Viande de bœuf, poisson fumé, crevettes fraîches ou séchées, écrevisses, oignons et autres condiments contribuent à la composition de ce plat généreux. Chaque ingrédient joue son rôle dans la recherche d’un équilibre entre amertume, douceur, onctuosité et intensité aromatique.


L’accompagnement participe également à cette expérience gastronomique. Plantains mûrs ou verts, miondo, bobolo, manioc bouilli et riz viennent compléter une préparation dont la réputation repose autant sur ses saveurs que sur la maîtrise de ses gestes.
Le Ndolè est ainsi le témoignage vivant d’une intelligence culinaire ancestrale, dans laquelle la sélection des ingrédients, leur préparation et leur association constituent un patrimoine à part entière.
La reconnaissance d’un savoir-faire, bien au-delà d’une recette
C’est cette richesse que le Ngondo entend désormais mieux protéger et promouvoir. Le lundi 27 octobre 2026, le Palais de la culture Sawa a accueilli une cérémonie de grande envergure consacrée à la remise officielle du certificat de marque collective du Ndolè Sawa.
Placée sous la présidence de Sa Majesté Mbodi Épée Gaston, président en exercice du Ngondo, la rencontre a mobilisé les chefs de cantons, les chefs de villages et de nombreuses personnalités, en présence notamment du ministre du Tourisme et des Loisirs, Gabriel Mbaïrobe, et du maire de la ville de Douala, le Dr Roger Mbassa Ndinè.
Le représentant du directeur général de l’OAPI, Michel Gonomy, a également pris part à cette étape importante pour la reconnaissance de la valeur économique et culturelle des produits issus du terroir camerounais.
La remise du certificat, le dévoilement du logo, de la charte graphique et de la fiche technique, ainsi que la présentation du plan de communication et du calendrier éditorial marquent une nouvelle phase dans la structuration de la promotion du Ndolè Sawa.
Cette démarche dépasse le simple cadre de la protection d’un nom. Elle vise à renforcer l’identification du produit, à préserver son authenticité et à offrir un cadre collectif de valorisation aux acteurs qui contribuent à sa réputation.


Pour les communautés Sawa, l'enjeu est considérable : faire en sorte que la renommée internationale du Ndolè profite aussi à ceux qui détiennent et transmettent les connaissances culinaires qui ont forgé son identité.
Préserver l’authenticité sans figer la créativité
Si la cuisine est un espace de création, certains plats portent une histoire et des caractéristiques qui méritent une attention particulière. Le Ndolè en fait partie.
Au sein des communautés Sawa, et particulièrement à Douala, la question de la fidélité à la préparation traditionnelle suscite un attachement profond. Des voix insistent sur la nécessité de préserver les principes fondamentaux de la recette ancestrale face aux adaptations qui peuvent en modifier sensiblement le goût et le caractère.
L'ajout d'ingrédients étrangers aux préparations traditionnelles revendiquées par les gardiens de cette cuisine, tels que certains poivrons, le poireau, la tomate ou le poivre blanc, peut ainsi alimenter le débat sur les limites entre innovation culinaire et altération d'une identité gastronomique.
L'objectif n'est pas nécessairement d'interdire toute créativité, mais de distinguer clairement la recette traditionnelle de ses variantes contemporaines. La reconnaissance collective du Ndolè Sawa invite précisément à mieux documenter ses caractéristiques, à transmettre les techniques de préparation et à sensibiliser les nouvelles générations à la valeur de cet héritage.
Protéger le Ndolè, c'est donc aussi protéger la mémoire des gestes, la connaissance des produits et l'identité culturelle qui lui donnent son caractère singulier.
Cette exigence de transmission concerne les familles, les restaurateurs, les professionnels de la gastronomie, les établissements de formation et tous ceux qui contribuent à faire découvrir la cuisine camerounaise au-delà de ses frontières.
Le tourisme gastronomique, une nouvelle vitrine pour le génie Sawa
À l'heure où les destinations touristiques cherchent à se différencier par leurs expériences culturelles, la gastronomie devient un puissant instrument d'attractivité. Les visiteurs ne voyagent plus uniquement pour admirer les paysages ou découvrir les monuments. Ils veulent également goûter les spécialités locales, comprendre leur histoire et rencontrer les peuples qui les ont façonnées.
Le ministre du Tourisme et des Loisirs, Gabriel Mbaïrobe, a d'ailleurs souligné cette évolution lors de la cérémonie.
« Aujourd’hui on ne voyage pas seulement pour découvrir les merveilles de la nature, on voyage aujourd’hui aussi pour goûter les mets parce qu’à travers les mets, il y a un peuple, il y a une culture », a-t-il déclaré, avant d'insister sur la nécessité de protéger le Ndolè, désormais reconnu comme un label à portée internationale.
Cette orientation ouvre des perspectives intéressantes pour Douala et l'ensemble du Cameroun. Le Ndolè peut devenir un véritable ambassadeur de la destination camerounaise, au même titre que les expressions artistiques, les danses traditionnelles, les langues et les autres composantes du patrimoine national.
Restaurants, hôtels, traiteurs, marchés, producteurs d'arachides, fournisseurs de produits halieutiques et professionnels de la transformation alimentaire peuvent bénéficier de cette dynamique, à condition que la valorisation culturelle s'accompagne d'une organisation économique adaptée.


La marque collective peut notamment contribuer à améliorer la visibilité du produit et à encourager une démarche de qualité. Elle offre ainsi une occasion de mieux articuler patrimoine, entrepreneuriat et tourisme gastronomique.
Pour le Ngondo, une victoire qui appelle d’autres conquêtes
Pour Sa Majesté Mbodi Épée Gaston, président en exercice du Ngondo, cette reconnaissance constitue une victoire collective pour les communautés.
Le souverain a exprimé sa fierté en soulignant la portée de cette avancée, non seulement pour les Sawa, mais également pour le Cameroun et le monde entier. Il a aussi annoncé une ambition plus large : voir d'autres mets traditionnels bénéficier, à leur tour, d'une démarche de valorisation.
Cette perspective donne à la reconnaissance du Ndolè une dimension stratégique. Elle pose les bases d'une réflexion sur la protection et la promotion d'autres spécialités du patrimoine culinaire camerounais, dans toute leur diversité régionale et culturelle.
Michel Gonomy, représentant du directeur général de l'OAPI, a pour sa part rappelé l'importance de la propriété intellectuelle pour faire connaître les produits du Cameroun et renforcer leur positionnement dans le contexte de la Zone de libre-échange continentale africaine.
Le défi consiste désormais à transformer cette reconnaissance en retombées concrètes : meilleure visibilité du produit, transmission des savoir-faire, développement des activités économiques et rayonnement du patrimoine gastronomique national.
De la tradition à la transmission, un héritage à faire vivre
La reconnaissance du Ndolè Sawa rappelle une vérité essentielle : le patrimoine ne se limite pas aux monuments, aux objets anciens ou aux sites historiques. Il vit aussi dans les cuisines, les gestes quotidiens, les recettes familiales et les connaissances transmises entre générations.
Dans les marmites des familles Sawa, le Ndolè continue de raconter une histoire faite de patience, de maîtrise et de partage. Son goût singulier porte l'empreinte d'un peuple qui a su faire de ses ressources locales une création culinaire reconnue bien au-delà de son territoire d'origine.

La remise du certificat de marque collective par l'OAPI au Ngondo constitue donc une étape importante. Elle ne clôt pas le travail de préservation : elle lui donne une nouvelle impulsion.
Il faudra désormais consolider la transmission des recettes traditionnelles, promouvoir les bonnes pratiques, mobiliser les professionnels et faire de cette reconnaissance un véritable levier de développement culturel et économique.
Vichal DIKOBO S
699233518/670376078



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