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LUTTE CONTRE LE PALUDISME AU CAMEROUN: Honorable Elise POKOSSY DOUMBE Née NDONGO MOUTOME: « Le paludisme est un tueur silencieux, il est temps que nos actes suivent nos engagements ».



Députée du Wouri Est, Secrétaire au bureau de Assemblée Nationale et membre du Caucus des parlementaires pour le financement de la santé au Cameroun, l'Honorable Elise POKOSSY DOUMBE Née NDONGO MOUTOME, tire la sonnette d'alarme : près de 500 enfants sont morts du paludisme en 2025, tandis que le budget santé du Cameroun ne représente que 4% du budget national, loin des 15% promis à Abuja en 2000. Face à ce fléau qui frappe femmes enceintes et enfants, elle salue la gratuité des soins et le travail des agents de santé communautaires, tout en appelant à une approche multisectorielle impliquant habitat, éducation et collectivités locales. Son message est clair : contrôle parlementaire, transparence et mobilisation citoyenne sont les clés pour vaincre définitivement le paludisme au Cameroun.


EDITORIAL


Paludisme : le temps des promesses est révolu, place aux actes


Il y a vingt-six ans, à Abuja, les Chefs d'État africains s'engageaient solennellement à consacrer 15% de leur budget national à la santé. Aujourd'hui, au Cameroun, ce chiffre plafonne à 4%. Entre l'ambition affichée et la réalité budgétaire, le fossé reste béant, et c'est dans ce fossé que meurent, chaque année, des centaines d'enfants et de femmes enceintes emportés par une maladie que l'on sait pourtant prévenir et guérir.


L'Honorable Elise POKOSSY DOUMBE Née NDONGO MOUTOME, députée du Wouri Est et membre du Caucus des parlementaires pour le financement de la santé au Cameroun, le rappelle avec une clarté qui devrait résonner comme un électrochoc : près de 500 enfants sont morts du paludisme en 2025 dans notre pays. Ce n'est pas une statistique abstraite. C'est un échec collectif.


Car le paludisme, comme elle le souligne à juste titre, n'est pas qu'une affaire de moustiquaires et de médicaments. C'est un problème d'habitat insalubre, de mares d'eau stagnante, d'éducation défaillante, d'aménagement urbain négligé. Un problème, en somme, qui déborde largement le seul ministère de la Santé Publique et qui interroge notre capacité collective à agir ensemble, habitat, environnement, éducation, collectivités locales. Le lancement du cadre multisectoriel 2026-2030 est un pas dans la bonne direction ; encore faut-il qu'il ne reste pas lettre morte, comme tant d'autres plans avant lui.


Il y a pourtant des raisons d'espérer. La gratuité des soins pour les femmes enceintes et les enfants, le travail acharné et trop souvent invisible des agents de santé communautaires, la multiplication des centres de santé dans les villages : ce sont des avancées réelles, obtenues de haute lutte. Mais ces avancées resteront fragiles tant qu'elles ne seront pas adossées à un financement à la hauteur des engagements pris.


C'est précisément là que le Parlement doit cesser d'être spectateur. Contrôle de l'action gouvernementale, évaluation rigoureuse des politiques publiques, transparence dans la gestion des ressources : ce ne sont pas des vœux pieux, ce sont des outils constitutionnels que nos élus doivent enfin utiliser pleinement. Les partenaires techniques et financiers internationaux, eux aussi, conditionnent de plus en plus leur soutien à un co-financement réel de l'État camerounais. Le message est sans ambiguïté : ceux qui n'investissent pas dans leur propre santé publique ne peuvent attendre que d'autres le fassent à leur place.


Le paludisme est un tueur silencieux, dit l'Honorable POKOSSY DOUMBE. Il l'est parce que nous le laissons l'être, par manque de moyens, de coordination et parfois de volonté politique. Éduquer nos populations dès le plus jeune âge, sécuriser le statut de nos agents de santé communautaires, tenir enfin la promesse d'Abuja : voilà ce que réclame, avec raison, cette élue engagée. Le Cameroun s'est fixé un horizon 2030 pour faire reculer drastiquement la mortalité maternelle et infantile. À six ans de l'échéance, l'heure n'est plus aux discours mais aux budgets qui suivent, enfin, les paroles.



LA GRANDE INTERVIEW



1. En tant que membre du Caucus des parlementaires pour le financement de la santé au Cameroun, quel est votre engagement personnel dans la lutte contre le paludisme, et pourquoi cette cause vous tient-elle particulièrement à cœur ?


Je voudrais d’abord souligner que je suis députée du Littoral, dans la circonscription du Wouri Est. C’est l’une des circonscriptions les plus peuplées du Littoral, avec une population cosmopolite, sur une superficie d’environ 923 km². Je suis également membre de la Commission des Affaires Culturelles, Familiales et Sociales à l’Assemblée Nationale. À ce titre, je travaille beaucoup avec les jeunes et les femmes, ce qui fait que je suis automatiquement très attentive aux problèmes qui touchent les populations. D’où mon intérêt particulier pour cette maladie qu’est le paludisme et qui est la cause de nombreux décès dans notre pays. Avant d’être députée, j’ai été adjointe au maire, donc en contact avec les populations de ma circonscription. Pour moi, le bien-être des populations est très important.

Je tiens à rappeler que le paludisme n'est pas qu'un problème de santé publique, c'est un facteur majeur de précarité qui entraîne la fracture sociale au Cameroun. La justice sociale commence par la protection des populations contre les maladies évitables. L’être humain doit être au centre de l’action. Sans une action sociale forte, et un accompagnement des populations, on peut aboutir à la rupture qui entraine à la fracture sociale.


2. Le paludisme ne relève pas uniquement du secteur de la santé. Selon vous, pourquoi est-il essentiel d’adopter une approche multisectorielle impliquant les autres secteurs ?


Lors de notre dernière rencontre sur le paludisme, j’ai noté avec satisfaction que la riposte contre la maladie a beaucoup évolué en dix ans. Comme je le disais plus haut, je viens d’une zone très peuplée dans laquelle j’ai observé que les populations vivent encore dans des zones insalubres. Les habitations sont entourées de mares d’eau, d’herbes et de tout ce qui favorise la prolifération des moustiques. Le Ministère de la Santé Publique, malgré toute sa volonté, ne peut lutter seul contre le paludisme. On ne peut pas combattre le paludisme sans s’attaquer aux causes. Le moustique est certes le vecteur de la maladie, mais la question qui se pose ici est : comment empêcher le moustique de proliférer dans notre environnement ?


En effet, nous devons avoir une approche multisectorielle pour combattre efficacement le paludisme. Les ministères de l’Habitat, de l’Environnement, de l’Éducation, etc., doivent agir en amont. J’insiste particulièrement sur l’éducation. Il faut éduquer, informer et sensibiliser les populations, dès le jeune âge, à l’importance de vivre dans un environnement sain et propre. Sans l’adhésion des populations, nous n’arriverons jamais au bout du paludisme. Les collectivités territoriales décentralisées ont un grand rôle dans la sensibilisation des populations et dans la préservation d’un environnement propre.


Face à un problème qui prend directement sa source dans notre environnement urbain, le Ministère de la Santé Publique ne doit plus porter seul la responsabilité de la lutte contre le paludisme. C’est pourquoi je salue l’élaboration, par le ministère de la Santé publique et ses partenaires, du premier cadre multisectoriel 2026-2030 qui vise à renforcer l’implication et le rôle essentiel que chaque secteur doit jouer pour véritablement mettre fin au paludisme. La mobilisation porte déjà ses fruits et nous avons appris que le ministère du Tourisme et des Loisirs a par exemple publié une circulaire visant à instaurer des mesures de prévention concrètes contre le paludisme dans tous les hôtels et espaces de loisirs.


3. Vous êtes également engagée en faveur de la réduction de la mortalité maternelle et infantile. Quel lien établissez-vous entre la lutte contre le paludisme et la protection de la santé des femmes enceintes, des nouveau-nés et des jeunes enfants au Cameroun ?


Au Cameroun, le paludisme reste l’une des premières causes de décès chez les femmes enceintes et les enfants de moins de 5 ans. En 2025, près de 500 enfants sont décédés du paludisme dans notre pays. Quant à la mortalité maternelle, vous avez le ratio. Je crois savoir qu’en 2024, nous avons enregistré 267 décès pour 100 000 naissances, alors que l’objectif du Cameroun à l’horizon 2030 est de 70 décès pour 100 000 naissances vivantes.


Ces chiffres montrent qu’il faut renforcer la prévention et l’éducation contre le paludisme auprès de nos populations et surtout sensibiliser les femmes enceintes sur la nécessité de respecter les visites prénatales. Je voudrais ici saluer les efforts fournis par le Gouvernement pour permettre aux citoyens d’être plus près, en multipliant les centres de santé dans les villages.


Sur le terrain, nous avons des agents de santé communautaires qui font un travail remarquable. Ce sont eux qui vont dans les foyers, dispensent les premiers soins, prennent en charge les personnes atteintes du paludisme et surtout sensibilisent les populations. Nous devons saluer leur travail et reconnaître l’efficacité de leur action.


Dans ce contexte, nous notons que la plupart de ces décès sont dus au paludisme. D’où l’importance de la prise en charge des femmes enceintes et des enfants de moins de 5 ans. Je salue la décision du gouvernement de rendre gratuit le traitement du paludisme, ainsi que la prise en charge des femmes enceintes.

J’insiste encore sur le fait que les femmes enceintes doivent être conscientes de l’importance des visites prénatales, car plus le paludisme est détecté tôt, mieux il est traité.

De plus, il est urgent de sécuriser et de valoriser le statut des agents de santé communautaires. Ce sont eux qui sauvent des vies au quotidien dans nos villages. Financer durablement la santé communautaire et mettre en œuvre effectivement la gratuité des soins, c'est investir directement dans l'avenir du Cameroun.

4. Les parlementaires ont un rôle clé dans le contrôle de l’action gouvernementale. Comment le Parlement peut-il renforcer la redevabilité afin que les ressources destinées à la santé, et plus particulièrement à la lutte contre le paludisme, soient utilisées de manière efficace et bénéficient réellement aux populations ?


Lors de la conférence d’ABUJA en 2000, les chefs d’État africains se sont engagés à consacrer 15% de leur budget à la santé. Aujourd’hui, le budget santé au Cameroun représente 4% du budget total. Les parlementaires doivent d’abord veiller à ce que cet engagement soit respecté.


Les parlementaires doivent veiller à ce que les ressources publiques soient bien utilisées conformément à l’objectif qui leur est assigné. Ils doivent renforcer leur action en exerçant pleinement leur mission de contrôle de l’action gouvernementale à travers des questions au gouvernement. Ils peuvent aussi exercer des missions de contrôle sur le terrain.


Le parlementaire doit promouvoir la culture de l’évaluation des politiques publiques afin de mesurer l’efficacité des actions menées et d’encourager la transparence dans la gestion des ressources.


Dans un contexte où le co-financement est devenu une exigence incontournable des bailleurs de fonds internationaux, la pérennité des financements essentiels à la lutte contre le paludisme dépendant désormais du strict respect de cet engagement, je pense que les trois piliers qui doivent guider l’action du parlement pour la lutte contre le paludisme doivent porter impérativement sur le contrôle, l’évaluation et la transparence pour le respect des engagements pris par le Cameroun.


5. Quel message souhaitez-vous adresser aux décideurs publics, aux partenaires techniques et financiers, ainsi qu’aux citoyens, afin de maintenir le paludisme parmi les priorités nationales et d’accélérer les progrès vers son élimination ?


Je voudrais d’abord m’adresser aux populations. La lutte contre le paludisme est notre cause commune. Nous devons tout mettre en œuvre pour combattre ce fléau. C’est pourquoi j’insiste sur l’éducation, la sensibilisation et l’information des populations. Les populations doivent comprendre que le paludisme est un tueur silencieux, d’où la nécessité d’une prise en charge rapide. À cet égard, l’initiative "Mon école sans palu", portée conjointement par les ministères de la Santé publique, de l’Éducation de base, de l’Enseignement secondaire et de l’Enseignement supérieur, constitue une action louable qui contribuera à coup sûr à réduire le fardeau de cette maladie. J’appelle donc à une implication effective de l'ensemble des acteurs.

Les collectivités territoriales décentralisées ont un rôle majeur à jouer. Chaque commune doit prendre ce problème à cœur et en faire une priorité absolue. L’initiative communautaire "Ma commune sans paludisme", portée conjointement par le ministère de la Santé publique et le ministère de la Décentralisation et du Développement local, s’intègre parfaitement dans cette logique. Les décideurs publics doivent être rigoureux dans l’utilisation des ressources destinées à la lutte contre le paludisme. Nos partenaires techniques et financiers doivent mieux nous accompagner et nous aider à lutter contre le paludisme dans notre pays. Le paludisme aujourd’hui au Cameroun est un problème de société. Pour l’éradiquer, il faut une prise de conscience générale.





VICHAL DIKOBO S.

699233518/670376078

 
 
 

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