GRAND MOULIN À DEÏDO : LE CRI D’ALARME D’UN PEUPLE QUI REFUSE DE DISPARAÎTRE SUR LA TERRE DE SES ANCÊTRES
- Vichal Dikobo
- il y a 19 heures
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La tension est à son comble dans le quartier Grand Moulin logé dans le village Bonateki à Deïdo. À quelques heures de la cérémonie annoncée pour la désignation d'un chef à la tête d'une nouvelle chefferie traditionnelle de troisième degré, une vague d'indignation traverse les communautés autochtones Sawa qui y voient une nouvelle menace sur leur patrimoine historique, culturel et foncier.
Pour de nombreux habitants et gardiens de la tradition, le quartier Grand Moulin fait partie intégrante du territoire historique du village Bonateki. Dès lors, l'initiative visant à créer une nouvelle entité traditionnelle suscite incompréhension, inquiétude et colère. Dans les chaumières, les familles s'interrogent : jusqu'où ira la remise en cause des repères ancestraux qui fondent l'identité du peuple Sawa ?
Au-delà de la simple question administrative, c'est toute la problématique de la préservation des terres ancestrales qui ressurgit avec force. Depuis plusieurs décennies, les populations autochtones de Sawa, plus particulièrement Littoral dénoncent ce qu'elles considèrent comme une érosion progressive de leur patrimoine foncier, culturel et traditionnel. Beaucoup ont aujourd'hui le sentiment d'être devenus minoritaires sur leurs propres terres, spectateurs impuissants de transformations qui menacent leur héritage.
Les Sawa ne réclament ni privilège ni exclusion. Ils demandent simplement que soient respectées leur histoire, leurs coutumes et les limites traditionnelles héritées de leurs ancêtres. Ils rappellent que le vivre-ensemble ne saurait se construire sur l'effacement d'un peuple ou sur la négation de ses droits historiques.
Face à la montée des tensions, les regards se tournent désormais vers le gouvernement. Les autorités de la République ont la lourde responsabilité de garantir la paix sociale, de préserver la cohésion nationale et d'éviter toute décision susceptible d'être perçue comme une injustice par les populations concernées.
Car lorsqu'un peuple a le sentiment que ses terres lui échappent, que ses institutions traditionnelles sont fragilisées et que sa voix n'est plus entendue, c'est le socle même du vivre-ensemble qui vacille.
L'histoire enseigne que les frustrations foncières et identitaires constituent souvent le terreau des conflits les plus difficiles à maîtriser.
La mobilisation annoncée ce vendredi se veut avant tout un cri de vigilance. Un appel à la conscience nationale. Un rappel que les terres ancestrales ne sont pas seulement des parcelles de terrain ; elles représentent la mémoire collective, l'âme d'un peuple et le lien sacré qui unit les générations passées, présentes et futures.
L'heure n'est ni à la confrontation ni à la division. Elle est au dialogue, à l'écoute et au respect mutuel. Le peuple Sawa attend aujourd'hui un signal fort des pouvoirs publics : celui d'un État garant de l'équité, protecteur des identités culturelles et défenseur de la paix.
Car protéger les terres ancestrales, c'est aussi protéger l'histoire du Cameroun et préserver la richesse de sa diversité.
VICHAL DIKOBO S
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