GESTION DES DÉCHETS À DOUALA : LA VILLE RENFORCE SON DISPOSITIF ET ACCÉLÈRE LA TRANSITION VERS LE CENTRE MULTIFILIÈRES DE NGOMBE
- Vichal Dikobo
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Près de 2 milliards de FCFA d’investissements pour de nouveaux engins, 305 camions en cours d’acquisition et un futur pôle de traitement des déchets : la Communauté Urbaine de Douala et Hysacam accélèrent la modernisation de la chaîne de propreté urbaine.
Douala poursuit sa transformation. Dans une métropole en pleine croissance, où les enjeux démographiques, environnementaux et sanitaires imposent une adaptation permanente des services publics, la gestion des déchets constitue désormais un axe majeur de la politique urbaine. C’est dans cette perspective que le maire de la ville de Douala, le Dr Roger Mbassa Ndinè, a présidé la présentation du nouveau parc d’engins lourds acquis par Hygiène et Salubrité du Cameroun (Hysacam).
D’un montant de près de 2 milliards de FCFA, cet investissement traduit une volonté commune d’anticiper les nouveaux défis de la propreté urbaine et de préparer, dans les meilleures conditions, la transition du site historique de PK10 à Nyalla vers le futur Centre multifilières de Ngombe.
L’enjeu dépasse ainsi le simple renouvellement du matériel. Il s’inscrit dans une vision plus large portée par la Ville de Douala : construire progressivement une chaîne moderne, cohérente et durable de gestion des déchets, depuis leur collecte dans les quartiers jusqu’à leur traitement et leur valorisation.
Un nouveau souffle pour les opérations de terrain
Onze engins lourds flambant neufs viennent renforcer les capacités opérationnelles d’Hysacam. Le parc présenté comprend notamment six excavatrices, trois bulldozers, une niveleuse et un compacteur.
Ces équipements sont appelés à intervenir aussi bien sur le site de PK10 que sur le chantier du futur centre de Ngombe. Avec cette acquisition, le nombre d’engins spécialisés mobilisés sur les deux sites atteint désormais une vingtaine. Une nouvelle vague d’équipements, actuellement en transit au port, devrait également venir compléter ce dispositif.
Pour la Ville de Douala, cette montée en puissance constitue une réponse concrète à une exigence fondamentale : maintenir la continuité du service public tout en préparant la prochaine génération d’infrastructures de traitement des déchets.


Le site de PK10, exploité depuis près de 23 ans et ayant accueilli plus de 11 millions de tonnes de déchets, arrive progressivement à la fin de son cycle d’exploitation. Sa saturation impose donc d’anticiper la transition afin d’éviter toute rupture dans la chaîne de collecte et de traitement.
« Nous sommes partis du site de Nyalla tout à l’heure comme nous l’avons dit, il est en voie d’être rempli et nous pensons que d’ici l’année prochaine, il faudra quitter ce site de Nyalla », a expliqué le maire de la ville.
Pour le Dr Roger Mbassa Ndinè, cette situation illustre la nécessité d’une planification à long terme. La politique de gestion des déchets de la Ville ne saurait être limitée à la collecte dans les quartiers : elle doit intégrer les infrastructures de transfert, de traitement, de stockage sécurisé et, à terme, de valorisation.
Ngombe, une nouvelle génération d’infrastructure
C’est précisément cette vision qui sous-tend le projet du Centre multifilières de Ngombe.
Implanté sur une réserve foncière d’environ 70 hectares sécurisée par la Communauté Urbaine de Douala, le futur complexe est conçu comme une infrastructure structurante pour la métropole.
Il ne s’agit plus de reproduire le modèle traditionnel d’une simple décharge. Ngombe est appelé à devenir un véritable pôle industriel et environnemental, intégrant plusieurs filières de traitement.
Le projet prévoit notamment des alvéoles techniques sécurisées par des géomembranes, une station de traitement des boues de vidange, des unités de compostage ainsi que des dispositifs de captage du biogaz.
Cette conception traduit une évolution fondamentale de la politique de gestion des déchets : passer progressivement d'une logique essentiellement centrée sur l'évacuation des ordures à une approche intégrée associant traitement, sécurisation, valorisation et protection de l’environnement.
La première alvéole actuellement en cours d’excavation devrait offrir une capacité d’accueil proche de 900 000 tonnes de déchets.
À terme, le captage du biogaz ouvre également la perspective d’une valorisation énergétique des déchets, avec la production d’électricité.
« La gestion des déchets est une chaîne »
Pour le maire de la ville de Douala, la réussite de cette politique repose sur une compréhension globale du système.
« La gestion des déchets est une chaîne », a rappelé le Dr Roger Mbassa Ndinè, soulignant que la propreté visible dans les quartiers dépend également de la capacité des infrastructures situées en aval à recevoir, traiter et sécuriser les déchets collectés.
Cette approche constitue l’un des fondements de la stratégie municipale. La collecte, le transport, les centres de transfert, les infrastructures de traitement et la valorisation doivent fonctionner de manière coordonnée.
C’est cette cohérence que la Ville entend renforcer à travers le projet de Ngombe et le renouvellement progressif des moyens matériels.
Anticiper plutôt que subir
Du côté d’Hysacam, l’investissement répond à une logique d’anticipation.
Pour le directeur général de l’entreprise, Dr Jean Pierre Ymele, les nouveaux engins doivent permettre à la fois d’améliorer les opérations sur le site de PK10 et d’accélérer les travaux préparatoires à Ngombe.
Les excavatrices sont notamment destinées aux travaux d’excavation et de mise en forme des futures alvéoles, conformément aux plans techniques du projet.


Le calendrier de réalisation prévoit par ailleurs l’achèvement de la première alvéole, avec la mise en place des dispositifs techniques nécessaires à son exploitation sécurisée : géomembrane d’étanchéité, puits de captage du biogaz et bassin de traitement des lixiviats.
La démarche se veut progressive et pérenne. Pendant l’exploitation d’une alvéole, les travaux de préparation des suivantes devront se poursuivre afin d’éviter une nouvelle situation de saturation.
Cette planification traduit une ambition claire : ne plus attendre l’épuisement d’une infrastructure pour préparer la suivante.
305 nouveaux camions pour accompagner la nouvelle organisation
Le transfert progressif des activités vers Ngombe pose toutefois un autre défi majeur : celui de la logistique.
Situé à une distance importante des zones densément peuplées, le futur centre nécessite une adaptation des circuits de collecte et de transport. Hysacam annonce ainsi un investissement majeur dans le renouvellement de son parc roulant.
Au total, 305 camions ont été commandés, dont une première vague de 120 véhicules doit être mise en service au Cameroun à partir de septembre 2026.
Une partie de ces véhicules sera constituée de gros porteurs d’environ 40 tonnes, destinés notamment à assurer la liaison avec le centre de transfert de Youpwe.
Pour la seule ville de Douala, 120 camions sont prévus afin de renforcer la collecte et de permettre une reprise plus efficace du porte-à-porte dans les différents quartiers.
Cette nouvelle organisation devra permettre de réduire les ruptures de charge, d’optimiser les rotations et d’adapter les moyens de collecte à la nouvelle configuration territoriale du système de traitement.
Vers une ville plus propre et une économie circulaire
Au-delà des équipements et des infrastructures, la stratégie engagée par la Ville de Douala vise également à faire évoluer les comportements et les pratiques.
Le développement du tri sélectif à la source constitue notamment une perspective importante. En séparant progressivement les différentes catégories de déchets dès leur production, la métropole pourra améliorer les possibilités de récupération, de recyclage, de compostage et de valorisation.
Cette orientation rejoint l’ambition de faire de la gestion des déchets un véritable levier de développement durable.
La transformation attendue à Ngombe ne se résume donc pas à déplacer une décharge d’un site vers un autre. Elle consiste à repenser l’ensemble du système, depuis la production des déchets jusqu’à leur traitement final.
La vision d’une métropole durable
À travers la sécurisation du foncier, l’accompagnement des investissements, la modernisation des infrastructures et le renforcement des capacités opérationnelles, la Communauté Urbaine de Douala entend inscrire la question de la propreté dans une vision globale de développement urbain.
Pour le maire de la ville, l’objectif est de construire une métropole capable de répondre durablement aux besoins de ses habitants, tout en anticipant les conséquences de sa croissance.


Le partenariat avec Hysacam participe de cette dynamique. L’entreprise, en renouvelant ses équipements et en renforçant ses moyens de collecte et de traitement, entend accompagner cette ambition municipale.
À travers le projet de Ngombe, Douala se donne ainsi les moyens de franchir une nouvelle étape : passer d’une gestion essentiellement curative des déchets à une politique intégrée, planifiée et durable de propreté urbaine.
La perspective est celle d’une ville où la collecte des déchets ne constitue plus une succession d’opérations isolées, mais un système complet, allant de la pré-collecte au traitement, en passant par le transport, la sécurisation, la valorisation et la production potentielle d’énergie.
Avec Ngombe, la Ville de Douala prépare donc bien plus qu’un nouveau site de traitement : elle pose les bases d’un nouveau modèle de gestion des déchets, à la hauteur des ambitions d’une métropole moderne, propre, résiliente et tournée vers l’avenir.
VICHAL DIKOBO S.
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