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CAN-2022 : À l'école de football des Brasseries, la relève des Lions indomptables se prépare

Dernière mise à jour : 24 janv. 2022



L'école de football des Brasseries est une institution dans le football africain. Depuis 1989, elle forme des apprentis footballeurs, pour qu'ils intègrent les plus grands clubs du monde. Des anciens stagiaires qui font aussi le bonheur des Lions indomptables, la sélection du Cameroun. Reportage à Douala au sein de l'académie.


Vincent Aboubakar, Clinton Njie, Ignatius Ganogo… Ses trois joueurs ont un point commun. Outre qu'ils disputent actuellement la Coupe d'Afrique des nations (CAN) au Cameroun dans les rangs du pays-hôte, ces trois Lions indomptables ont été formés au même endroit : dans la prestigieuse école de football des Brasseries du Cameroun (EFBC), une des plus anciennes académies du continent.


Nichée non loin du Carrefour Ndokoti, cœur névralgique de Douala, l'académie est un petit havre de paix au milieu de l'agitation des embouteillages monstres qui sont le quotidien du quartier. Barricadés derrière les murs jaunes et rouges, les jeunes formés ici peuvent sereinement se concentrer sur leur rêve : devenir footballeur professionnel comme leurs prestigieux prédécesseurs Samuel Eto'o ou encore Rigobert Song.


"Je sais que je peux avoir ma chance"


"L'école est un grand centre de formation ici au Cameroun. De grandes gloires sont passées ici, je sais que je peux avoir ma chance", explique David Mimbang, 14 ans. Ce milieu défensif qui attaque sa troisième année dans l'académie, rêve de rejoindre Montpellier, comme en son temps Roger Milla, la légende camerounaise passée par la pelouse de la Paillade.



L'académie a été fondée en 1989 par les Brasseries du Cameroun, une filiale du groupe français Castel. Œuvre philanthropique à destination de la jeunesse, l'école est petit à petit devenue incontournable dans le paysage footballistique du pays. Dans les dix régions du pays, tous les enfants rêvent d'être l'un des onze élus du cursus de six ans.


Depuis 2008, l'EFBC a adopté un modèle façon sport-études avec les enfants logés sur place. Chacun a sa place sous les moustiquaires des trois dortoirs, une par catégorie d'âge : U14, U16 et U18. Jacques Elimbi, président actuel de l'école de football, et Jean Flaubert Nono, manager général, sont arrivés pour porter cette nouvelle version du projet.



"Le Cameroun, c'est le Brésil d'Afrique. C'est un pays où il y a énormément de talents mais où il n'y avait pas de structuration de la formation. Cette académie a permis cela en produisant des joueurs qui ont joué dans de très grands clubs, tout en renforçant l'équipe nationale du Cameroun", explique Jacques Elimbi, le débonnaire dirigeant de l'académie. "Nous préparons la relève."


Des footballeurs et des hommes


Former des footballeurs, mais avant tout des hommes, tel est le credo de l'école des Brasseries du Cameroun. "Ici on inculque évidemment le football en aidant les jeunes à exploiter leurs talents, mais en même temps, on leur explique que tous ne deviendront pas professionnels. Il faut donc aussi leur apprendre à devenir des hommes pour s'intégrer à la société. C'est pour cela qu'on insiste sur l'école, la discipline et l'éthique morale", note le président. "On essaie de leur faire garder les pieds sur terre et de les recadrer."


Dans ce but, les académiciens sont soumis à un rythme quasi militaire. Levée à l'aube, les stagiaires vont à l'école à l'extérieur de l'académie. Ils en reviennent dans l'après-midi pour, après une petite sieste réparatrice, effectuer leur entraînement. À la fin de celui-ci, leur journée n'est pas finie : direction le soutien scolaire pour être certains que l'école reste une priorité. Ensuite, c'est le repas puis le repos bien mérité avant de recommencer le lendemain.


"Au début, le rythme était difficile. On se lève tôt. Il peut y avoir de la musculation ou un entraînement le matin. Mais au fur et à mesure on s'habitue. Si tu veux quelque chose, il faut savoir faire des sacrifices. Mais c'est ce qu'on aime faire. Il faut donc s'entraîner chaque jour", note David Mimbang, déterminé à s'accrocher.


Loin d'une vie normale


"Ce sont des enfants de 12 à 18 ans qui ne vivent pas une vie normale pour leur âge. Mais eux, ils ont déjà un rêve et un objectif. C'est notre responsabilité de réconcilier école et football. On sait que tous ne seront pas footballeurs professionnels mais ils s'en donnent tous les moyens", affirme Jean Flaubert Nono, le manager général.



Du haut de ses 53 ans, le dirigeant de l'académie a une longue carrière dans le football. Lyonnais d'origine, il est le frère de Jean-Jacques Nono, emblématique défenseur des années 1980 de l'OL. Plutôt que la pelouse, il a préféré opter pour le management.



Au sein de l'EFBC, il s'occupe de tout avec bienveillance mais autorité aussi. Quand il parle, on écoute. Quand il appelle, on accourt. Quand il demande, on exécute. S'il ne coache pas directement les équipes de jeunes, ils surveille tout de même les entraînements du coin de l'œil. Ce jour-là, les U14 et les U16 occupent chacun une moitié de terrain. Les entraîneurs vocifèrent leurs instructions. Au menu : conduite de balle, exercice de circulation du ballon en deux touches de balle. "De l'intensité !", réclame un des entraîneurs.


Sous l'œil des anciens


Tout autour du terrain sont placardés des immenses affiches mettant en avant les grands noms passés par l'académie. L'équipe vainqueur qui a réalisé le doublé aux CAN 2000 et 2002 d’une part, l'équipe vainqueur de l'édition 2017 d’autre part. Une manière d'inspirer les jeunes sur la pelouse.


"Quand on voit ces photos, ça nous motive. On se dit que notre rêve est possible", sourit David Mimbang, qui rêverait de disputer la Coupe du Monde et la CAN avec les Lions indomptables.



Des anciens qui restent attachés à l'académie de Douala. "Quand ils reviennent, c'est comme s'ils retrouvaient leur famille", assure Jean Flaubert Nono qui aime voir ces professionnels intervenir auprès des jeunes.


"C'est un moment de bonheur pour les petits. Ils touchent du doigt leur rêve", raconte le manager général. "C'est aussi un gain de temps extraordinaire. Ils vont entendre l'ancien raconter les mêmes choses que leur coach répète inlassablement tous les jours. Mais, quand ça vient de Rigobert Song, forcément ça a plus d'impact."


Michel Platini Weladji – ses parents étaient fans de la légende française des années 1980 – est également un ancien de l'école des Brasseries. Cependant, contrairement à Samuel Eto'o ou à Vincent Aboubakar, il n'est pas parvenu à passer professionnel. Mais Jean Flaubert Nono lui a trouvé un autre rôle : coach auprès des jeunes pour former la relève.



"Je récupère les nouveaux arrivants et j'aide à les former. Je les fais travailler sur leur coordination, leur équilibre. Je connais mes échecs, je tente donc de les aider pour qu'ils évitent mes erreurs. À mon époque, on était externe. Désormais, ils sont logés et nourris à l'académie. Je leur répète que c'est une chance", explique le responsable des U14.


Une génération talentueuse


L'entraînement, c'est bien mais la compétition, c'est mieux. Pour les préparer au mieux, l'EFBC met un point d'honneur à faire jouer régulièrement ses stagiaires face à d'autres équipes. Dans un football camerounais déjà peu structuré, les championnats de jeunes sont le parent pauvre de la fédération. Alors le club prend les choses en main, il complète le calendrier avec des rencontres contres les autres écoles et par trois tournois organisés par les Brasseries du Cameroun.


"Au tournoi de Limbé que nous avons organisé en décembre, nous avons pour la première fois gagné dans les trois catégories. La meilleure des seize équipes à chaque fois", raconte fièrement Jean Flaubert Nono. "Les stagiaires sont de plus en plus en sérieux. Grâce à l'exemple de leurs aînées, ils savent qu'ils ont une réelle chance. Ils sont talentueux et la relève est assurée."


Exemple historique de la formation africaine, l'école de football des Brasseries du Cameroun doit désormais faire face à une concurrence accrue : avec le règne de l'argent roi dans le football mondial, la course aux jeunes joueurs à fort potentiel est devenu folle ces dernières.


"Certaines académies se montrent sur des terrains et ne sont intéressés que par l'argent…", peste Jacques Elimbi.



Pour rester compétitive, les Brasseries du Cameroun peuvent compter sur leur modèle de détection. Chaque année, au moment des grandes vacances, ils organisent la "coupe Top" – du nom d'une marque de soda – dans les dixrégions du pays. Les 100 meilleurs participent à la finale à Yaoundé et onze enfants seulement intègrent l'académie. La compétition représente le Graal pour tous les apprentis footballeurs.


Reste que pour le moment, le club n'offre pas directement de perspectives à ses stagiaires. Avoir une équipe professionnelle n’est "pas à l'ordre du jour", selon Jean Flaubert Nono. Il n'a pas non plus de relations privilégiés avec un seul club comme peut l'avoir Génération Foot au Sénégal avec le FC Metz préférant envoyer leurs apprentis un peu partout grâce à leur carnet d'adresse. La période de sortie d'école peut donc être stressante pour les académiciens.



"J'espère que je vais réussir à obtenir un contrat en Europe. C'est ce que j'attends maintenant. Je suis prêt à passer pro", s'inquiète Loïc Dieudonné Ntoko, 17 ans, en dernière année du cursus. "Mon rêve c'est de jouer au PSG. Idrissa Gana Gueye c'est mon idole."


Il espère probablement que sa chance arrivera vite, comme ce fut le cas juste avant la CAN pour Carlos Noom Baleba. Cette pépite de l'EFBC s’est engagée pour 5 saisons avec Lille, champion de France en titre, où il elle rejoint le Lion indomptable Ignatius Ganogo.

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